Au cœur d’une crise sans précédent, l’École vétérinaire d’Alfort (EnvA) fait face à une succession d’événements dramatiques mêlant suicides, accusations de harcèlement moral et sexiste, ainsi qu’un climat délétère affectant profondément ses étudiants et son personnel. Cette situation interpelle sur la santé mentale dans un environnement scolaire aux exigences particulièrement élevées.
Une école vétérinaire en pleine tourmente : harcèlement et accusations éclatent
Depuis plusieurs années, l’EnvA est secouée par des plaintes pour harcèlement moral et discrimination sexiste, qui ont conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire. Une vétérinaire a notamment mis en cause Christophe Degueurce, directeur de l’établissement, l’accusant de brimades prolongées, ainsi que de propos humiliants et vexatoires, des allégations formellement démenties par la direction. Ces accusations s’inscrivent dans un climat d’inquiétude croissante, où le travail en milieu vétérinaire, déjà exigeant, semble exacerbant les tensions.

Un environnement lourd marqué par des tragédies
Le lourd bilan humain fait écho à la douleur vécue au sein de l’EnvA : il y a trois ans, un professeur d’anesthésie s’est suicidé, après avoir décrit dans ses rapports d’activité une « ambiance invivable » et un manque cruel de respect envers ses collègues et les étudiants. Cet épisode met en lumière des dysfonctionnements profonds dans la gouvernance scolaire malgré les assurances ministérielles que les enquêtes n’ont pas détecté d’éléments structurels de harcèlement.
Une santé mentale fragile chez les étudiants vétérinaires : le poids des exigences
Une étude conjointe des quatre écoles vétérinaires françaises révèle une réalité alarmante. Près de 43 % des étudiants interrogés affichent un état dépressif allant de modéré à sévère, tandis que 15,7 % avouent avoir récemment eu des pensées suicidaires, des chiffres bien supérieurs à la moyenne nationale. Cette tension psychologique s’est tragiquement accentuée début 2025 avec le suicide d’une étudiante de 24 ans, sur le point d’entamer son internat après cinq années d’études.
Au-delà des chiffres : témoignages et politiques internes
Plusieurs enseignants dénoncent par ailleurs des cas de harcèlement sexuel impliquant un vétérinaire désormais retraité, mais toujours actif à l’EnvA. L’affaire a été portée auprès du ministère de l’Agriculture en 2023. En réponse, l’école assure avoir pris des mesures concrètes, telles que la réforme de la cinquième année pour alléger la charge de travail, et le renforcement de l’accompagnement psychologique. Ces initiatives tentent de rétablir un climat de bien-être étudiant, tout en restant sous le feu des critiques sur leur efficacité.
Crise institutionnelle et défis pour l’avenir de l’enseignement vétérinaire
La situation à l’École vétérinaire d’Alfort s’inscrit dans un contexte plus large où la santé mentale en milieu éducatif et professionnel devient une préoccupation majeure. Face à des accusations persistantes et une série noire de suicides, l’institution doit repenser son approche afin de développer un environnement sain, propice au développement personnel et professionnel de ses étudiants.
Dans un moment où les tensions économiques s’étendent à divers secteurs, comme en témoigne la récente crise financière dans l’immobilier et la récession liée à l’IA au niveau mondial, la pression croissante sur les établissements de formation n’aide pas à soulager ces structures déjà fragilisées. Plus que jamais, des réformes ambitieuses et une prise en compte réelle de la santé mentale dans l’enseignement vétérinaire s’avèrent nécessaires pour éviter d’autres tragédies.











