À l’aube de 2025, alors que le gouvernement Bayrou s’apprête à passer la main, il laisse derrière lui une série de décrets immobiliers majeurs qui redessinent les contours de la rénovation énergétique en France. Ces mesures, publiées au Journal officiel juste avant la démission de François Bayrou, marquent un tournant crucial dans l’attribution de MaPrimeRénov’ et dans le calcul du Diagnostic de Performance Énergétique (DPE). L’impact de ces nouvelles règles se fera sentir durablement, modifiant le paysage pour les propriétaires, locataires et professionnels du bâtiment, tout en créant de nouvelles dynamiques sur le marché immobilier, notamment dans les zones désormais classées en tension.
MaPrimeRénov’ : Une réforme axée sur l’efficacité énergétique des logements énergivores
Face à une saturation des dossiers et à des fraudes avérées, le gouvernement sortant a entrepris de recentrer MaPrimeRénov’. Désormais, seuls les logements affichant un DPE en classe E, F ou G pourront prétendre à une aide pour une rénovation globale. Ce recentrage marque un changement profond : il cible prioritairement les « passoires thermiques », afin de maximiser l’efficacité des fonds vers les logements les plus énergétiquement défaillants.
Les plafonds des travaux subventionnables ont été drastiquement abaissés. Par exemple, pour améliorer de deux classes énergétiques la performance d’un logement, le plafond retombe de 70 000 à 30 000 euros, impactant directement le montant des aides octroyées. S’ajoute à cela la suppression du bonus destiné à récompenser la sortie du statut de logement très énergivore, un coup dur pour de nombreux ménages espérant un coup de pouce supplémentaire.
Le nombre de dossiers traités pour les rénovations globales sera plafonné à 13 000 pour le reste de l’année, ce qui contraste fortement avec le stock impressionnant de 61 000 demandes en attente à l’Agence nationale de l’habitat (Anah). Par ailleurs, certaines rénovations dites « monogestes » telles que l’installation de chaudières biomasse ou l’isolation des murs par l’extérieur sont désormais exclues du financement MaPrimeRénov’. Les autres gestes restent éligibles jusque fin 2026, sauf changements décidés par le gouvernement à venir.

Impact sur les professionnels et acteurs de la rénovation énergétique
Cette réforme bouleverse les pratiques des acteurs comme France Rénov, Effy, Hellio ou Isowatt, qui apportent conseils et accompagnement aux propriétaires. L’Espace Info Énergie et Copropriété-Services, en première ligne pour guider les copropriétaires, doivent s’adapter à ces nouvelles contraintes. La période d’incertitude sur la pérennité des aides et la complexité accrue du dispositif freine les investissements lourds, alimentant un climat d’attente difficile à gérer pour le secteur.
Reclassement en zones tendues : un coup de tonnerre pour près de 200 communes
Le gouvernement sortant a également reclassé plus de 200 communes en zone tendue, modifiant ainsi les règles en matière de logement. Ce reclassement influe directement sur les conditions d’attribution du prêt à taux zéro (PTZ) avec des plafonds de revenus révisés à la hausse dans ces territoires. À Saint-Malo, Dieppe ou Dunkerque, ce passage à la zone tendue renforce aussi les droits des locataires, notamment en réduisant leur délai de préavis de trois à un mois dans les locations non meublées.
Ce bouleversement doit être pris en compte par tous les acteurs du marché immobilier, notamment par les agences comme Calitel, qui doivent adapter leur offre et leurs conseils aux évolutions locales et aux nouveaux critères d’éligibilité notamment des aides à la rénovation.
Diagnostic de Performance Énergétique (DPE) : un nouveau calcul pour sortir les logements de la passoire thermique
Au 1er janvier 2026, un nouveau mode de calcul du DPE entrera en vigueur, modifiant le coefficient de conversion de l’électricité de 2,3 à 1,9. Selon le gouvernement, cette seule modification fera sortir près de 850 000 logements du statut de passoire thermique, sans intervention de travaux. Si cette évolution pourrait sembler bénéfique à première vue, elle génère une vive polémique, notamment auprès des locataires qui y voient une diminution des incitations à la rénovation.
Face à cette transformation, les diagnostiqueurs professionnels, dont les pratiques sont progressivement réformées, doivent repenser leurs audits énergétiques. Pour les propriétaires, cette évolution peut être perçue comme un allègement temporaire, mais le consensus reste fragile sur le long terme pour maintenir les ambitions de transition écologique.











